La Pergola sur le Domaine Public : Cadre Juridique et Procédures d’Autorisation Temporaire

L’installation d’une pergola sur le domaine public représente un défi juridique particulier à l’intersection du droit de l’urbanisme et du droit administratif. Qu’il s’agisse de commerçants souhaitant étendre leur terrasse ou de particuliers désireux d’aménager un espace extérieur, cette démarche nécessite une autorisation temporaire d’occupation du domaine public (AOT). Le régime juridique encadrant ces structures, souvent considérées comme démontables mais parfois substantielles, soulève de nombreuses questions pratiques. Entre préservation du patrimoine urbain, respect des règles d’urbanisme et valorisation des espaces publics, la pergola cristallise des enjeux multiples qui méritent une analyse approfondie du cadre légal applicable.

Fondements juridiques de l’occupation du domaine public par une pergola

Le domaine public est régi par un principe fondamental : celui de l’inaliénabilité et de l’imprescriptibilité. En d’autres termes, nul ne peut s’approprier une portion du domaine public sans autorisation expresse de l’administration compétente. Ce principe, consacré par le Code général de la propriété des personnes publiques (CG3P), constitue le socle sur lequel repose toute la réglementation relative à l’installation de structures comme les pergolas.

L’article L.2122-1 du CG3P stipule que « nul ne peut, sans disposer d’un titre l’y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d’une personne publique […] ou l’utiliser dans des limites dépassant le droit d’usage qui appartient à tous ». L’installation d’une pergola, structure qui modifie temporairement la configuration du domaine public, entre précisément dans ce cadre.

La jurisprudence administrative a progressivement précisé les contours de cette notion. Dans un arrêt du Conseil d’État du 21 mars 2003 (Syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour l’électricité et les réseaux), le juge administratif a rappelé que toute occupation privative du domaine public nécessite une autorisation préalable. Cette position a été constamment réaffirmée, notamment dans l’arrêt du 31 mars 2014 (Commune d’Avignon), où le Conseil d’État a précisé que même les occupations temporaires sont soumises à ce régime d’autorisation.

Le cadre juridique distingue plusieurs types d’autorisations temporaires :

  • Le permis de stationnement : pour une occupation superficielle, sans emprise au sol
  • La permission de voirie : lorsqu’il y a emprise dans le sol ou le sous-sol
  • La convention d’occupation temporaire : forme contractuelle plus élaborée

Pour une pergola, la qualification juridique dépend de ses caractéristiques techniques. Une structure légère, démontable sans travaux significatifs, relèvera généralement du permis de stationnement. En revanche, une pergola avec fondations ou ancrages profonds pourra être soumise au régime de la permission de voirie.

La loi ELAN du 23 novembre 2018 a modifié certains aspects de ce régime, en facilitant notamment les procédures pour les occupations de courte durée ou à faible enjeu économique. Toutefois, elle a maintenu le principe fondamental selon lequel toute occupation privative du domaine public doit donner lieu à une redevance, conformément à l’article L.2125-1 du CG3P.

Le juge administratif veille strictement au respect de ces principes. Dans un arrêt du 11 avril 2019 (Société SOGEFIMUR), la Cour Administrative d’Appel de Marseille a rappelé que l’absence d’autorisation pour l’installation d’une structure sur le domaine public constitue une occupation illicite, exposant son auteur à une contravention de voirie et à l’obligation de remettre les lieux en état.

Procédure d’obtention d’une autorisation temporaire pour une pergola

La démarche d’obtention d’une autorisation temporaire d’occupation (AOT) pour l’installation d’une pergola sur le domaine public suit un parcours administratif précis, dont la complexité varie selon la commune concernée et les spécificités du projet.

Constitution du dossier de demande

La première étape consiste à constituer un dossier complet qui devra généralement comporter :

  • Un formulaire de demande spécifique (disponible auprès de la mairie ou sur son site internet)
  • Un plan de situation permettant de localiser précisément l’emplacement souhaité
  • Des plans détaillés de la pergola (dimensions, matériaux, couleurs)
  • Des photomontages ou perspectives montrant l’intégration de la structure dans son environnement
  • Une note technique décrivant le mode d’ancrage et les éventuels raccordements aux réseaux
  • Une attestation d’assurance responsabilité civile couvrant les risques liés à l’occupation du domaine public

Pour les commerçants, des pièces supplémentaires sont généralement exigées, comme l’extrait K-bis, la licence de débit de boissons pour les établissements concernés, ou encore une attestation de formation en hygiène alimentaire si la pergola doit abriter un espace de restauration.

Le Tribunal Administratif de Lyon, dans un jugement du 17 janvier 2018, a considéré que l’absence de précision quant aux caractéristiques techniques d’une structure à installer sur le domaine public constituait un motif légal de refus d’autorisation. Il est donc primordial de fournir un dossier exhaustif.

Dépôt et instruction de la demande

Le dossier doit être déposé auprès de l’autorité gestionnaire du domaine public concerné :

Pour le domaine public communal (trottoirs, places, etc.), la demande est à adresser au maire. Pour le domaine public départemental (abords des routes départementales en agglomération), c’est le président du conseil départemental qui est compétent. Enfin, pour le domaine public national (abords des routes nationales), la demande relève de la compétence du préfet.

Les délais d’instruction varient généralement de 1 à 3 mois, mais peuvent être plus longs dans les zones soumises à des protections particulières comme les secteurs sauvegardés ou les abords de monuments historiques. Dans ces cas, l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France est requis, ce qui peut rallonger la procédure de plusieurs semaines.

Durant l’instruction, l’administration peut solliciter l’avis de différents services techniques (voirie, urbanisme, sécurité) et parfois organiser une visite sur place pour évaluer l’impact du projet. Le Conseil d’État, dans sa décision du 23 mai 2011 (Commune de Six-Fours-les-Plages), a rappelé que l’administration dispose d’un large pouvoir d’appréciation pour accorder ou refuser une autorisation d’occupation du domaine public.

Délivrance de l’autorisation et modalités pratiques

En cas d’accord, l’autorisation prend la forme d’un arrêté pour les permis de stationnement et permissions de voirie, ou d’une convention pour les occupations plus complexes. Ce document précise :

La durée de l’autorisation, généralement limitée dans le temps (de quelques mois à plusieurs années) et qui peut être renouvelable sur demande expresse, le montant de la redevance due pour l’occupation du domaine public, calculée selon la surface occupée et les tarifs fixés par délibération du conseil municipal ou de l’assemblée compétente, les prescriptions techniques à respecter (matériaux, couleurs, hauteur, etc.), les horaires d’utilisation autorisés, particulièrement pour les terrasses commerciales, et les obligations du bénéficiaire en termes d’entretien et de responsabilité.

Le Tribunal Administratif de Marseille, dans un jugement du 12 septembre 2017, a validé la légalité d’un arrêté municipal imposant des prescriptions esthétiques strictes pour l’installation de pergolas sur les terrasses de restaurants, considérant que ces exigences étaient justifiées par la préservation du paysage urbain dans une zone touristique.

Spécificités juridiques des pergolas commerciales sur le domaine public

Les pergolas commerciales, principalement installées par les établissements de restauration et débit de boissons, présentent des particularités juridiques qui les distinguent des installations à usage privé.

Régime concurrentiel et mise en concurrence

Depuis l’ordonnance n°2017-562 du 19 avril 2017, transposant la directive 2006/123/CE relative aux services dans le marché intérieur, l’attribution des autorisations d’occupation du domaine public permettant l’exercice d’une activité économique est soumise à une procédure de sélection préalable présentant toutes les garanties d’impartialité et de transparence.

Cette obligation de mise en concurrence s’applique lorsque le nombre d’autorisations disponibles pour une activité donnée est limité en raison de la rareté des ressources naturelles ou des capacités techniques utilisables. Dans un arrêt du 25 mai 2018 (SAS Club de la plage), le Conseil d’État a précisé les contours de cette obligation, en indiquant qu’elle s’appliquait notamment aux terrasses commerciales dans les secteurs où l’espace disponible est limité.

Concrètement, pour l’installation d’une pergola commerciale dans un secteur prisé (centre-ville historique, zone touristique), la municipalité peut être tenue d’organiser un appel à candidatures et de sélectionner le bénéficiaire selon des critères objectifs et non discriminatoires. Cette procédure comprend généralement :

  • La publication d’un avis d’appel à manifestation d’intérêt
  • La définition de critères de sélection (qualité architecturale du projet, intégration paysagère, etc.)
  • L’analyse comparative des candidatures
  • L’attribution motivée de l’autorisation

La Cour Administrative d’Appel de Marseille, dans un arrêt du 21 janvier 2019, a annulé une autorisation d’occupation du domaine public pour l’installation d’une terrasse couverte, au motif que la commune n’avait pas respecté cette procédure de mise en concurrence.

Articulation avec les règlements de terrasses

La plupart des communes disposent d’un règlement des terrasses et étalages qui encadre spécifiquement l’occupation commerciale du domaine public. Ces règlements, adoptés par délibération du conseil municipal, fixent des prescriptions précises concernant :

Les dimensions maximales des installations autorisées, les matériaux et couleurs imposés ou interdits, les horaires d’exploitation, les règles de maintien de la circulation piétonne (un passage libre d’au moins 1,40 m est généralement exigé), et les périodes d’installation (annuelle ou saisonnière).

Ces règlements prévoient souvent des dispositions spécifiques pour les structures couvertes comme les pergolas. Par exemple, le règlement des terrasses de la Ville de Paris, modifié en 2021, définit précisément les conditions d’installation des « terrasses fermées » et des « contre-terrasses » qui peuvent comporter des pergolas.

Le Tribunal Administratif de Nice, dans un jugement du 5 mars 2020, a confirmé la légalité d’un refus d’autorisation pour l’installation d’une pergola sur une terrasse de restaurant, au motif que le projet ne respectait pas les prescriptions du règlement municipal des terrasses concernant la hauteur maximale autorisée.

Implications fiscales et redevances spécifiques

L’occupation commerciale du domaine public est soumise à des redevances dont le montant est généralement plus élevé que pour les occupations privatives non commerciales. Ces redevances sont fixées par délibération de la collectivité gestionnaire et peuvent varier considérablement d’une commune à l’autre.

Pour les pergolas commerciales, le calcul de la redevance prend habituellement en compte :

La surface occupée (en m²), la localisation (avec des tarifs différenciés selon les zones de la commune), le caractère saisonnier ou annuel de l’occupation, et la nature de la structure (une pergola fermée étant généralement taxée à un tarif supérieur à une terrasse simple).

En outre, l’installation d’une pergola commerciale peut avoir des implications en matière de fiscalité locale, notamment pour le calcul de la taxe locale sur la publicité extérieure (TLPE) si la structure comporte des éléments publicitaires, ou de la cotisation foncière des entreprises (CFE) qui peut être majorée en fonction de la surface commerciale exploitée.

Le Conseil d’État, dans une décision du 11 juillet 2018 (Société Le Grill Corse), a validé le principe d’une tarification différenciée selon la nature des installations sur le domaine public, confirmant la possibilité pour les communes d’appliquer des tarifs plus élevés pour les structures couvertes comme les pergolas.

Contraintes urbanistiques et architecturales des pergolas sur le domaine public

L’installation d’une pergola sur le domaine public ne se limite pas aux seules considérations liées à l’occupation domaniale. Elle doit également s’inscrire dans le respect des règles d’urbanisme et des contraintes architecturales applicables.

Articulation avec les règles d’urbanisme locales

Même installée sur le domaine public, une pergola reste soumise aux dispositions du Plan Local d’Urbanisme (PLU) ou du Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) en vigueur. Ces documents peuvent contenir des prescriptions spécifiques concernant :

Les hauteurs maximales autorisées pour les constructions légères, les matériaux et couleurs imposés dans certains secteurs, les règles d’implantation par rapport aux limites de propriété ou à l’alignement, et les coefficients d’emprise au sol qui peuvent s’appliquer même aux structures temporaires.

La Cour Administrative d’Appel de Bordeaux, dans un arrêt du 7 mars 2017, a confirmé qu’une pergola, même démontable, devait respecter les règles d’urbanisme locales, en particulier dans les zones soumises à des prescriptions architecturales renforcées.

Dans certains cas, l’installation d’une pergola peut nécessiter, en plus de l’autorisation d’occupation du domaine public, l’obtention d’une autorisation d’urbanisme :

Une déclaration préalable de travaux est généralement requise pour les pergolas dont l’emprise au sol est comprise entre 5 m² et 20 m². Un permis de construire peut être exigé pour les structures plus importantes ou dans les secteurs protégés. Une autorisation spéciale est nécessaire dans les sites patrimoniaux remarquables (SPR), les abords de monuments historiques ou les sites inscrits/classés.

Protection du patrimoine et intégration paysagère

Dans les secteurs à forte valeur patrimoniale, l’installation de pergolas sur le domaine public fait l’objet d’une attention particulière des autorités compétentes.

L’Architecte des Bâtiments de France (ABF) joue un rôle déterminant dans ces zones. Son avis, qui peut être simple ou conforme selon les cas, conditionne souvent la délivrance de l’autorisation. L’ABF veille notamment à :

  • La qualité architecturale des structures proposées
  • Leur intégration harmonieuse dans le paysage urbain
  • Le respect de l’identité visuelle du lieu
  • La réversibilité des installations

Le Conseil d’État, dans une décision du 4 mai 2018, a rappelé la légalité d’un refus d’autorisation fondé sur l’atteinte portée par un projet de pergola commerciale à la perspective d’un monument historique, malgré son caractère démontable.

De nombreuses communes ont élaboré des chartes paysagères ou des cahiers de recommandations architecturales qui définissent précisément les caractéristiques attendues pour les pergolas installées sur le domaine public. Ces documents, même s’ils n’ont pas toujours une valeur réglementaire contraignante, orientent fortement les décisions administratives.

Par exemple, la Ville de Bordeaux a adopté en 2019 un « Cahier de prescriptions pour l’occupation du domaine public » qui détaille, quartier par quartier, les types de pergolas autorisées sur les terrasses commerciales, avec des fiches techniques précisant les matériaux, couleurs et dimensions à respecter.

Accessibilité et sécurité publique

Les pergolas installées sur le domaine public doivent impérativement respecter les normes d’accessibilité et de sécurité applicables aux espaces publics.

En matière d’accessibilité, la réglementation impose :

Le maintien d’un cheminement piéton d’une largeur minimale de 1,40 m libre de tout obstacle, l’absence de ressauts ou de différences de niveau non compensées par des dispositifs adaptés, la détectabilité de la structure par les personnes malvoyantes, grâce à des éléments contrastés visuellement, et l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite si la pergola abrite un espace recevant du public.

Concernant la sécurité publique, plusieurs exigences s’imposent :

La stabilité de la structure face aux intempéries et au vent, la résistance au feu des matériaux utilisés, particulièrement pour les pergolas commerciales, le maintien des accès de secours et la visibilité des équipements de sécurité (bornes incendie, etc.), et l’absence d’entrave à la circulation des véhicules de secours.

Le Tribunal Administratif de Strasbourg, dans un jugement du 15 novembre 2018, a validé le retrait d’une autorisation d’occupation du domaine public pour une pergola qui, bien que conforme lors de son installation, avait été modifiée par son propriétaire de manière à entraver l’accès des personnes à mobilité réduite.

Des contrôles réguliers peuvent être effectués par les services municipaux pour vérifier le respect de ces prescriptions. En cas de manquement, l’autorisation peut être retirée et la remise en état du domaine public exigée aux frais de l’occupant.

Contentieux et voies de recours en matière d’autorisation temporaire pour les pergolas

L’installation d’une pergola sur le domaine public peut générer divers litiges, tant pour les demandeurs confrontés à un refus d’autorisation que pour les tiers estimant que l’autorisation accordée leur porte préjudice.

Contestation des refus d’autorisation

Face à un refus d’autorisation d’occupation temporaire du domaine public pour l’installation d’une pergola, le demandeur dispose de plusieurs voies de recours :

Le recours gracieux constitue la première étape. Adressé à l’autorité qui a pris la décision de refus (maire, président du conseil départemental, préfet), il doit être formé dans un délai de deux mois suivant la notification du refus. Ce recours doit être motivé et peut s’appuyer sur des éléments nouveaux ou mettre en évidence des erreurs d’appréciation.

En cas d’échec du recours gracieux, ou parallèlement à celui-ci, un recours contentieux peut être introduit devant le tribunal administratif territorialement compétent. Ce recours doit également être formé dans un délai de deux mois à compter soit de la notification du refus initial, soit de la décision de rejet du recours gracieux.

Le juge administratif contrôle la légalité du refus d’autorisation selon plusieurs angles :

  • La compétence de l’autorité ayant pris la décision
  • Le respect des règles de procédure (motivation, consultation préalable si nécessaire)
  • L’absence d’erreur de droit ou d’erreur manifeste d’appréciation
  • Le détournement de pouvoir éventuel

Dans un arrêt du 18 septembre 2017, la Cour Administrative d’Appel de Lyon a annulé un refus d’autorisation pour l’installation d’une pergola commerciale, considérant que la motivation fondée uniquement sur des considérations esthétiques générales, sans référence précise aux caractéristiques du projet, était insuffisante.

Il faut noter que l’administration dispose d’un large pouvoir discrétionnaire en matière d’occupation du domaine public. Le Conseil d’État, dans une jurisprudence constante (voir notamment CE, 23 mai 2011, Commune de Six-Fours-les-Plages), rappelle qu’il n’existe pas de droit à occuper le domaine public. Le juge administratif exerce donc un contrôle restreint, limité à l’erreur manifeste d’appréciation.

Contestation par les tiers d’une autorisation accordée

Les tiers estimant qu’une autorisation d’installation de pergola sur le domaine public leur porte préjudice peuvent également exercer des recours :

Le recours administratif (gracieux ou hiérarchique) peut être adressé à l’autorité ayant délivré l’autorisation ou à son supérieur hiérarchique. Ce recours n’est soumis à aucun délai particulier tant que l’autorisation est en vigueur, mais il est préférable de l’exercer rapidement.

Le recours contentieux devant le tribunal administratif est ouvert aux tiers justifiant d’un intérêt à agir, c’est-à-dire d’un préjudice direct et certain résultant de l’autorisation contestée. Ce recours doit être formé dans un délai de deux mois à compter de la publication ou de l’affichage de l’autorisation, ou à compter du jour où le tiers en a eu connaissance.

Les motifs invocables par les tiers sont variés :

L’atteinte à la sécurité ou à l’accessibilité de la voie publique, le non-respect des règles d’urbanisme ou des prescriptions architecturales applicables, les nuisances sonores ou visuelles excessives (notamment pour les riverains d’une pergola commerciale), et l’inégalité de traitement entre commerçants d’un même secteur.

La Cour Administrative d’Appel de Nantes, dans un arrêt du 8 juin 2018, a annulé une autorisation d’occupation du domaine public pour l’installation d’une pergola commerciale, suite au recours d’un riverain qui démontrait que la structure obstruait significativement la vue depuis son appartement et engendrait des nuisances sonores accrues.

Sanctions en cas d’occupation sans titre ou non conforme

L’installation d’une pergola sur le domaine public sans autorisation préalable ou en méconnaissance des prescriptions de l’autorisation accordée expose son propriétaire à diverses sanctions :

Sur le plan pénal, l’occupation sans titre du domaine public constitue une contravention de voirie, sanctionnée par une amende pouvant atteindre 1 500 euros pour les personnes physiques et 7 500 euros pour les personnes morales (article R.116-2 du Code de la voirie routière).

Sur le plan administratif, l’autorité gestionnaire du domaine peut prononcer l’évacuation forcée des installations irrégulières après mise en demeure. En cas d’urgence ou de danger immédiat pour la sécurité publique, cette évacuation peut être ordonnée sans délai.

Sur le plan financier, l’occupant sans titre est redevable d’une indemnité d’occupation illicite dont le montant peut être majoré par rapport à la redevance normale. Le Conseil d’État, dans un arrêt du 16 mai 2011 (Commune de Moulins), a confirmé que cette indemnité pouvait être fixée à un niveau supérieur à celui de la redevance habituelle, afin de sanctionner le caractère illicite de l’occupation.

En outre, l’article L.2132-2 du CG3P prévoit que les personnes publiques peuvent demander au juge de contraindre l’occupant sans titre à quitter les lieux, sous astreinte. Cette procédure, relativement rapide, permet d’obtenir la libération effective du domaine public.

La Cour de Cassation, dans un arrêt du 4 juillet 2019 (Chambre commerciale), a rappelé que l’occupation sans titre du domaine public peut également constituer un acte de concurrence déloyale à l’égard des commerçants régulièrement autorisés, ouvrant droit à réparation du préjudice subi.

Pour les professionnels, les sanctions peuvent être particulièrement lourdes, allant jusqu’à la fermeture administrative temporaire de l’établissement en cas de violations répétées ou graves des règles d’occupation du domaine public.

Perspectives d’évolution et adaptation des règles aux enjeux contemporains

Le cadre juridique encadrant l’installation de pergolas sur le domaine public connaît des évolutions significatives, en réponse aux nouveaux défis urbains, environnementaux et sociétaux.

Adaptations post-Covid et pérennisation des aménagements temporaires

La crise sanitaire liée à la COVID-19 a profondément modifié l’approche des collectivités concernant l’occupation du domaine public. Pour soutenir les commerces, particulièrement les cafés et restaurants, de nombreuses municipalités ont assoupli temporairement leurs règles.

Ces mesures exceptionnelles ont inclus :

  • L’extension des surfaces autorisées pour les terrasses
  • La simplification des procédures d’autorisation
  • La réduction ou l’exonération temporaire de redevances
  • L’assouplissement des critères esthétiques pour les structures démontables

Face au succès de certains de ces aménagements, de nombreuses villes envisagent désormais leur pérennisation partielle. À Paris, le dispositif des « terrasses estivales » initié pendant la pandémie a été transformé en régime permanent avec le nouveau règlement des étalages et terrasses adopté en juin 2021. Ce règlement prévoit des dispositions spécifiques pour les pergolas et autres structures couvertes.

La Cour Administrative d’Appel de Paris, dans un arrêt du 22 mars 2022, a validé la légalité de ce nouveau règlement, considérant que l’extension des possibilités d’occupation du domaine public répondait à un objectif d’intérêt général de redynamisation économique, tout en maintenant des garanties suffisantes pour la préservation du cadre de vie.

Intégration des préoccupations environnementales

Les considérations environnementales prennent une place croissante dans la réglementation des pergolas sur le domaine public.

De nombreuses municipalités intègrent désormais des critères écologiques dans leurs règlements :

L’utilisation de matériaux biosourcés ou recyclables est encouragée, voire imposée dans certains secteurs. L’installation de toitures végétalisées sur les pergolas est valorisée, contribuant à la lutte contre les îlots de chaleur urbains. Des prescriptions relatives à la gestion des eaux pluviales sont intégrées aux autorisations. L’autosuffisance énergétique des structures est favorisée, notamment via l’installation de panneaux photovoltaïques intégrés aux pergolas.

Le Tribunal Administratif de Grenoble, dans un jugement du 14 septembre 2021, a validé un règlement municipal qui accordait une réduction de redevance pour les pergolas commerciales intégrant des dispositifs écologiques (récupération d’eau, végétalisation, matériaux durables).

Cette tendance s’inscrit dans le cadre plus large des politiques de transition écologique des territoires. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a renforcé les obligations des collectivités en matière de lutte contre l’artificialisation des sols et de préservation de la biodiversité, ce qui influence directement la réglementation des occupations du domaine public.

Numérisation des procédures et simplification administrative

La dématérialisation des démarches administratives touche également le domaine des autorisations d’occupation temporaire du domaine public.

De plus en plus de collectivités développent des plateformes numériques permettant :

Le dépôt en ligne des demandes d’autorisation pour l’installation de pergolas, la visualisation cartographique des emplacements disponibles et des règles applicables par secteur, le suivi en temps réel de l’instruction des dossiers, et le paiement dématérialisé des redevances.

Ces évolutions s’inscrivent dans le cadre du programme Action Publique 2022 qui vise à moderniser l’action administrative et à simplifier les relations entre usagers et administrations.

Parallèlement, on observe une tendance à la simplification des procédures pour certains types d’installations. Le décret n°2020-1310 du 29 octobre 2020 a introduit, dans le contexte de la crise sanitaire, un régime déclaratif pour certaines occupations temporaires du domaine public. Bien que conçue comme une mesure d’urgence, cette approche pourrait inspirer des réformes durables.

La loi ASAP (Accélération et Simplification de l’Action Publique) du 7 décembre 2020 a confirmé cette orientation en allégeant certaines procédures administratives. Elle a notamment introduit le principe du « silence vaut acceptation » pour diverses démarches, même si ce principe reste d’application limitée en matière d’occupation du domaine public.

Vers une harmonisation des pratiques locales ?

La grande diversité des règlements locaux concernant l’installation de pergolas sur le domaine public pose la question d’une possible harmonisation des pratiques.

Plusieurs initiatives vont dans ce sens :

L’Association des Maires de France a publié en 2022 un guide de recommandations pour l’élaboration des règlements d’occupation du domaine public, proposant des modèles de cahiers des charges pour les pergolas commerciales. Des intercommunalités de plus en plus nombreuses élaborent des règlements harmonisés à l’échelle de leur territoire, facilitant la lisibilité pour les usagers. La jurisprudence administrative tend à dégager des principes communs qui s’imposent progressivement à l’ensemble des collectivités.

Toutefois, cette harmonisation reste limitée par le principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales. Le Conseil d’État, dans un avis du 6 décembre 2019, a rappelé que les collectivités disposent d’une large marge d’appréciation pour définir les conditions d’occupation de leur domaine public, sous réserve du respect des principes généraux du droit et des dispositions législatives applicables.

L’équilibre entre harmonisation des pratiques et respect des spécificités locales constitue ainsi l’un des principaux défis de l’évolution future de la réglementation des pergolas sur le domaine public.